La question de l’autonomie en produits pharmaceutiques, soulevée par la crise sanitaire, ne s’est pas posée seulement en Europe. En Afrique, les ruptures brutales d’approvisionnement pendant la première vague, la circulation accrue de médicaments contrefaits, mais aussi l’arrivée prochaine de vaccins contre le Covid et les défis logistiques que cela entraîne, ont aussi placé cette problématique au cœur des préoccupations sur le continent.
À l’occasion d’une conférence virtuelle organisée par le Leem (Les Entreprises du médicament) sur le thème « Sécurité sanitaire en Afrique et coopération régionale et continentale », l’ancien directeur exécutif d’ONUSIDA, Michel Sidibé, actuellement mandaté par l’Union africaine pour œuvrer à la mise en place d’une Agence africaine du médicament (AMA), a appelé les pays du continent à saisir cette « opportunité extraordinaire » de concrétiser une coopération continentale en matière de santé.
Sortir les Africains d’une position de « bénéficiaires passifs »
« L’Afrique a besoin d’une Agence du médicament pour sortir du cercle vicieux de la maladie, de la pauvreté et de la dépendance, pour disposer de médicaments sûrs et garantir ses approvisionnements, a-t-il plaidé. C’est également une opportunité de développer nos capacités de R&D et d’anticipation en matière de lutte contre les pandémies. »
La création de l’AMA, actée par l’Union africaine en février 2019 via la signature d’un traité, doit encore être ratifiée par au moins 15 gouvernements membres de l’Union pour entrer en vigueur. Pour l’heure, seuls six pays ont ratifié le texte : le Burkina Faso, le Ghana, la Guinée, le Mali, le Rwanda et les Seychelles. « Le problème n’est plus technique, mais politique », a jugé Michel Sidibé.
La création d’une telle agence permettrait de sortir les Africains d’une position de « bénéficiaires passifs » des produits de l’industrie pharmaceutique, alors que « seuls 3 % des médicaments consommés en Afrique y sont produits », rappelle Michel Sidibé. Cette dépendance s’est révélée catastrophique pour le continent confronté pendant la crise sanitaire à des ruptures brutales d’approvisionnement. Et, dans un contexte d’explosion mondiale de la demande, « la crise a entraîné une intensification de la contrefaçon dans les pays africains », témoigne Philippe Lamoureux, directeur général du Leem.
Un « transfert de compétences » au bénéfice de la santé mondiale
Une fois en place, l’AMA pourrait piloter la création d’unités de production sur le continent, espère Michel Sidibé. « Six médicaments sont nécessaires pour la maîtrise des flambées des principales pathologies en Afrique. La plupart ne sont plus sous licence », souligne-t-il, invitant à un « transfert de compétences » au bénéfice de la santé mondiale.
La création de l’AMA pourrait également permettre aux pays d'Afrique de tirer parti collectivement des expériences du sida ou d’Ebola. « La lutte contre le sida nous a appris des leçons intéressantes, et notamment l’importance de mobiliser les communautés », estime Michel Sidibé, qui invite à « capitaliser » sur les politiques de santé, axées sur la prévention, adoptées avec la crise du Covid-19.
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