La transfusion de plasma de convalescents est avancée comme piste thérapeutique dans l'infection à SARS-CoV-2 depuis le début de la pandémie. Que peut-on en dire aujourd'hui ? Après une étude indienne décevante mais aux limites importantes, c'est au tour de l'essai argentin PlasmAr de doucher l'enthousiasme.
Publiée dans « The New England Journal of Medicine », l'étude menée chez 333 patients hospitalisés pour pneumonie sévère liée au Covid-19 montre que la transfusion de plasma n'améliore pas le statut clinique ni la mortalité à 30 jours par rapport au placebo.
Cet essai randomisé a été mené, selon un ratio 2/1, chez 228 patients dans le groupe recevant du plasma et 105 dans le groupe placebo. Pour être inclus, les patients devaient présenter au moins l'un des critères suivants : saturation en oxygène < 93 % en air ambiant au repos, un rapport PaO2/FiO2 < 300 mmHg ou un score SOFA* d'au moins deux points au-dessus du statut de base (allant de 0 à 24, les chiffres les plus élevés correspondant à une sévérité plus grande).
À l'inclusion, aucun patient ventilé, la quasi-totalité oxygénorequérants
Dans l'étude, le critère de sévérité le plus fréquent s'est révélé être l'hypoxémie, présent dans plus de 95 % des cas dans les deux groupes. L'âge moyen était de 62 ans : les moins de 65 ans comptaient pour un peu plus de la moitié, environ un tiers avaient entre 65 et 80 ans et moins de 10 % avaient plus de 80 ans.
Lors de l'inclusion, plus des deux tiers des patients ont été admis en service général, un peu plus d'un quart en soins intensifs et moins de 5 % aux urgences. Aucun n'était en ventilation mécanique, deux tiers étaient sous oxygène à bas débit en lunettes, entre 15 et 20 % avaient de l'oxygène au masque et environ 5 % de l'oxygène à haut débit. Au cours de l'essai, 90 % étaient oxygénorequérants et plus de 90 % ont reçu des corticoïdes.
Le délai de la transfusion de plasma par rapport au début des symptômes était en médiane de 8 jours (interquartile, 5 à 10), le volume transfusé de 500 ml (interquartile, 410 à 600). Le titre médian de base en anticorps anti-SARS-CoV-2 était de 1:50 (de 0 à 1:800), et près de 46 % des patients n'avaient pas développé d'anticorps anti-SARS-CoV-2. Après transfusion, le taux d'anticorps neutralisants anti-SARS-CoV-2 était disponible chez 125 patients du groupe plasma (56 %) avec un titre médian d'inhibition à 80 % de 1:300.
Des effets sur les critères secondaires aussi décevants
La mortalité à 30 jours n'était pas significativement différente entre les deux groupes, de 10,96 % dans le groupe plasma et de 11,43 % dans le groupe placebo. Les résultats n'ont pas été plus concluants sur les critères secondaires. Aucune différence n'a été observée quant à l'état clinique à 7 et 14 jours, et la durée médiane jusqu'à la sortie de l'hôpital était de 13 et 12 jours, respectivement pour les groupes plasma et placebo. La proportion d'admission en soins intensifs et de ventilation mécanique s'est avérée de 53,9 % et 26,8 % dans le groupe plasma, et de 60 % et 22,9 % dans le groupe placebo.
Les résultats sont décevants mais les auteurs n'excluent pas un effet chez des patients ayant une forme légère à modérée ou avec une administration plus précoce. En France, l'essai Coviplasm promu par l'AP-HP avec le soutien de l'INSERM est assez proche de PlasmaAr, fera-t-il mieux ? « Notre objectif est d’éviter les passages en réanimation », avait expliqué au « Quotidien » la Pr Karine Lacombe, infectiologue à l'hôpital Saint-Antoine et coordonnatrice de l'essai. Les chercheurs argentins suggèrent, quant à eux, de se concentrer « sur d'autres populations ou des interventions avec d'autres types de préparation, telles que les immunoglobulines intraveineuses ou les anticorps monoclonaux anti-SARS-CoV-2 ».
* SOFA pour Sequential Organ Failure Assessment
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