Une étude britannique parue dans le « Lancet Respiratory Medicine » montre l’efficacité durable de la thermoplastie bronchique, au cours d’un suivi de plus de dix ans après le traitement. Cette technique invasive est réservée aux patients souffrant d’asthme sévère non contrôlé, c’est-à-dire qui ont besoin d’une corticothérapie inhalée à dose maximale et qui continuent malgré tout à faire des exacerbations.
« La thermoplastie bronchique est une technique endoscopique qui consiste à insérer un cathéter au niveau des bronches pour les chauffer à 65° C, explique au « Quotidien » le Pr Laurent Guilleminault, pneumologue au CHU de Toulouse et membre du réseau d’investigation clinique national dédié à l’asthme sévère CRISALIS/F-CRIN Inserm. Le mécanisme n’est pas pleinement élucidé, mais cette approche agirait sur le muscle lisse qui entoure les bronches permettant de lutter contre les phénomènes de bronchoconstriction chez les patients asthmatiques sévères ».
En France, cette technique est recommandée par la Haute Autorité de santé depuis 2016 uniquement en dernier recours chez les patients de 18 ans et plus ayant un asthme sévère non contrôlé. Il s’agit d’un traitement lourd, qui requiert une expertise et trois séances sous anesthésie générale. « La thermoplastie bronchique vient en complément du traitement de fond inhalé, lequel peut néanmoins être réduit chez les patients qui n’ont plus du tout de symptômes », précise le pneumologue.
Évolution favorable pour la sécurité
L’étude BT10+ a inclus une centaine de patients traités par thermoplastie bronchique. Ces patients avaient participé à l’un des trois essais randomisés contrôlés AIR, RISA et AIR2. Ces essais, en comparant les patients traités à d’autres ayant reçu une procédure simulée (sham), avaient montré de bons résultats à cinq ans. « Jusqu’à maintenant, les études montraient que la thermoplastie bronchique permettait de réduire les exacerbations et ainsi le recours à la cortisone orale, et que cette efficacité se maintenait sur cinq ans, mais nous n’avions pas de données au-delà », commente le Pr Guilleminault. Dans l’étude BT10+, la durée médiane de suivi était de 12,1 ans, et les patients étaient issus de 16 centres aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, au Brésil et aux Pays-Bas.
Le taux d’exacerbation était similaire parmi les patients que ce soit à un an de suivi, à cinq ou bien à dix ans (autour de 20 à 25 %). L’évaluation de la qualité de vie et de la spirométrie (reflétant la capacité pulmonaire) montrait également une évolution similaire au cours du temps.
« Ces nouvelles données montrent ainsi un maintien de l’efficacité de la thermoplastie à long terme et permettent également de rassurer en termes de sécurité, en particulier concernant le risque de dilatation des bronches », résume le pneumologue. Cette complication n’a été rapportée que chez 7 % des patients.
Les moins de 40 ans, les meilleurs répondeurs
Une analyse en sous-groupes met par ailleurs en évidence le fait que les patients de moins de 40 ans seraient davantage répondeurs : 76 % des participants dont l’âge est inférieur à 40 ans répondaient au traitement contre 61 % de ceux âgés de plus de 40 ans. Les patients présentant une obstruction respiratoire fixée sur la spirométrie (non réversible avec la Ventoline) semblaient également être de meilleurs répondeurs. « Ces résultats sont intéressants, car cela montre qu’il existe potentiellement des critères qui peuvent nous aider à mieux sélectionner les patients », note le Pr Guilleminault.
Le pneumologue regrette toutefois que cette étude n’évoque pas la place de la thermoplastie bronchique par rapport aux biothérapies. « Aujourd’hui, pour les patients asthmatiques sévères, nous disposons de quatre biothérapies injectables, auxquelles nous avons recours avant d’envisager la thermoplastie, explique-t-il. Dans cette étude, seuls 7 % des patients avaient reçu une biothérapie. De plus, les caractéristiques des patients ne sont pas détaillées dans les études, et il n’est pas précisé si les patients inclus il y a dix ans auraient été des candidats à une biothérapie aujourd’hui ».
R. Chaudhuri et al, Lancet Respir Med, 2021. doi: 10.1016/S2213-2600(20)30408-2
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