Dans l’effervescence que connaît la recherche clinique depuis le début de l’épidémie de Covid-19, la France semble tirer son épingle du jeu. Avec 407 essais cliniques en cours, elle se place comme la « championne d’Europe », se réjouissait le Dr Denis Comet, président de l’AFCRO (Association française des entreprises de la recherche clinique en France), lors d’un point presse. En nombre d’essais cliniques liés au Covid-19, le pays est en troisième position, derrière la Chine (737) et les États-Unis (499).
À l’échelle internationale, plus de 3 700 essais ont été lancés, selon les données du site « Covid Inato », collectées auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des Instituts nationaux de la santé américains (National Institutes of Health, États-Unis) et de clinicaltrial.gov. Parmi ces essais enregistrés, 2 187 (60 %) sont interventionnels et 1 440 (40 %) observationnels. En France, six études sur 10 sont observationnelles.
Seuls 20 % d'essais sur des traitements
Dans le monde, seuls 20 % des essais portent sur des traitements (17 % des essais en France). Les autres travaux portent sur une grande variété de champs de recherche, de l’aggravation de la maladie à la transmission du virus, en passant par les tests diagnostiques.
Ce bouillonnement n’a pas encore donné de résultats. Seuls 15 essais sont achevés et 13 ont donné lieu à une publication. Et la moitié des essais lancés n’a pas commencé le recrutement des patients, faute de malades en nombre suffisant. Sur ce point, la France s’en sort un peu mieux : 60 % des essais lancés ont recruté des patients.
Le pays se distingue par ailleurs par la faible part d'essais ayant une promotion industrielle (8 % des essais français, contre 15 % à l’échelle mondiale). Un constat qui fait dire au Dr Denis Comet que les autorités publiques ont activé tôt la recherche.
La bonne position de la France dans le paysage foisonnant de la recherche liée au Covid-19 s’explique en effet par la mobilisation et la réactivité des instances. « Les comités d’éthique de recherche ont accordé des autorisations en quelques heures pendant la crise, quand il faut plutôt entre trois et six mois d’habitude. Du jamais-vu », souligne le Dr Denis Comet.
Des leçons à tirer
Mais cette mobilisation exceptionnelle a eu quelques effets pervers. « Il y a trop d’essais où il y a peu de patients, regrette le Dr Comet. Il serait peut-être préférable que l’on limite le nombre d’essais pour favoriser ceux sur la santé des patients et écarter complètement ceux qui ne respectent pas la méthodologie ».
À l’arrivée, la crainte est de ne pas parvenir à conclure les essais lancés. « Comme dans toute course, être le premier à sortir des starting-blocks, c’est bien, mais il faut être le premier sur la ligne d’arrivée », rappelle le Dr Comet.
Des leçons sont à tirer, poursuit le président de l’AFCRO. L’essai européen Discovery, piloté par l’INSERM, n’a par exemple pas mobilisé les partenaires européens comme espéré. « En France, les budgets pour le fonctionnement et la logistique ont été attribués très vite, mais cela n’a pas été le cas ailleurs, observe le Dr Denis Comet. Il a manqué une coordination européenne, un acteur pour piloter et financer la recherche sur le continent. »
L’emballement médiatique autour de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine (HCQ), deux molécules qui cumulent le plus d’essais dans le monde (320, au 10 juillet), a aussi pu être préjudiciable, notamment dans le recrutement des patients. « Les gens voulaient absolument être intégrés dans le bras HCQ, puis changer de bras en cours d’essais » après une communication de résultats négatifs, raconte Denis Comet, rappelant la sérénité nécessaire à la recherche : « Il faut du temps et un certain recul pour arriver à des conclusions, et ce n’est pas compatible avec le temps médiatique. »
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