Cinq ans, cinq priorités, cinq publics, tel est l’objectif de la seconde feuille de route 2026-2030 de la Stratégie décennale de lutte contre les cancers lancée ce 4 février 2026 par l’Institut national du cancer (Inca), sous le haut patronage du président de la République. « La lutte contre le cancer s’inscrit dans une démarche dynamique. L’objectif est de s’adapter à un paysage qui change avec des défis nouveaux, des défis permanents, mais aussi des défis qui mutent, à la lumière de nouvelles connaissances et priorités », a déclaré le Pr Norbert Ifrah, président de l’Inca.
« Cette seconde feuille de route se resserre sur des priorités stratégiques », a précisé Nicolas Scotté, directeur général de l’Inca, en conférence de presse. L’Inca entend privilégier « les mesures à plus fort effet de levier ». Ce second volet disposera jusqu'en 2030 de « plus de 1,7 milliard d'euros investis sur cinq ans », soit un budget équivalent à la période 2021-2025, a fait valoir Emmanuel Macron lors de son allocution aux Rencontres de l’Inca ce 4 février.
Les cinq priorités sont de 1) bâtir une génération prévention, 2) proposer un dépistage pour chacun, 3) construire un parcours de santé augmenté, 4) incarner le service public du cancer et 5) libérer le potentiel de la recherche et des données. Les publics ciblés sont les jeunes, les personnes en situation de handicap, les résidents des territoires ultramarins, le monde du travail et les personnes âgées. « Le progrès doit bénéficier à toutes et tous, les plus jeunes et les moins jeunes, métropole comme outre-mer, les riches comme les moins riches », a martelé le Pr Ifrah.
« Les enjeux du dépistage, de la modernisation des parcours, notamment grâce aux outils comme l’intelligence artificielle (IA), et de l’amélioration tangible de la prise en charge sont particulièrement chers à la ministre de la Santé », a déclaré Line Ligout-Farah, conseillère Prévention, santé publique et numérique au sein du cabinet de Stéphanie Rist.
Vers la fin programmée du tabac pour les générations futures
Fruit d’un travail « collectif et interministériel » et élaborée avec les patients et leurs proches, la seconde feuille de route s’est appuyée sur les enseignements du bilan intermédiaire des actions 2021-2025 et de l’évaluation du Conseil scientifique international de l’Inca. « À mi-parcours, 90 % des actions ont été engagées et 70 % ont été terminées. Il reste des marges de progression concernant des actions qui n’étaient pas faciles à mettre en place il y a cinq ans, mais qui le sont aujourd’hui », a détaillé le président de l’Inca. Quant à celles non engagées, le Pr Norbert Ifrah a assuré qu’elles ont trouvé « des solutions ailleurs » ou « ne sont plus pertinentes ».
-Priorité 1. L’Inca souhaite mettre la focale « à tout prix » sur la prévention primaire puis secondaire des nouvelles générations, « là où se forgent les habitudes et les comportements ». Les jeunes seront mis à contribution pour construire les politiques de prévention tout comme les professionnels de la petite enfance. La stratégie tabac, renouvelée en 2027, vise « une première génération sans tabac à l’horizon 2032 », s’est engagé Emmanuel Macron, et des actions spécifiques seront menées sur la consommation excessive d’alcool par des populations à risque (jeunes, mais aussi femmes enceintes et les personnes alcoolodépendantes). Deux cancers avec prévention précoce seront ciblés : « nous réfléchissons à rendre le vaccin HPV obligatoire et à évaluer une stratégie d’autoprélèvement, de même nous souhaitons expérimenter un programme de repérage des cancers de la peau et mettre en place des protocoles de prévention à l’école », a expliqué Nicolas Scotté. Le Président a émis le souhait d’atteindre 80 % de couverture vaccinale d’ici 2030.
-Priorité 2. L’Inca espère un dépistage personnalisé qui profitera des innovations - particulièrement l’oncogénétique, les tests sanguins, les biomarqueurs et l’IA - et des réflexions sur de nouvelles modalités de participation, « notamment à l’échelle locale et auprès des populations aux indicateurs les plus défavorables ». L’expérimentation du programme Impulsion pour le dépistage du cancer du poumon devrait être lancée « dès le mois de mars », selon la ministre de la Santé la Dr Stéphanie Rist ; il devrait inclure près de 20 000 personnes avant la mise en place d'un « dépistage généralisé », a-t-elle indiqué au micro de France Info. Elle s’est réjouie du projet d’expérimentation d’un dépistage des personnes à haut risque de cancer du sein.
-Priorité 3. L’Inca travaille avec la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) pour améliorer le parcours de soins, par exemple en réduisant les délais au diagnostic et aux traitements, et en anticipant le virage ambulatoire. « Nous souhaitons aussi nous concentrer sur le suivi des personnes à l’issue des traitements actifs avec la prévention de la rechute, la gestion des effets secondaires, l’accompagnement social et l’accès aux soins de support », a ajouté Nicolas Scotté. « Nous guérissons de plus en plus de malades, il y aura donc de plus en plus de gens qui vivront avec la rançon de la maladie », a témoigné le Pr Ifrah.
-Priorité 4. L’accent sera mis sur une meilleure structuration du service public pour « rendre plus lisible l’offre de soins, être plus transparents sur les données et orienter vers un guichet unique numérique pour avoir accès à l’ensemble des démarches ». Pour le directeur général, « le registre national des cancers sera une pierre angulaire de la stratégie pour fournir des données qualifiées aux civils comme aux chercheurs ». Une stratégie de standardisation et d’interopérabilité des données sera lancée, et les droits des aidants seront renforcés.
-Priorité 5. Enfin, l’Inca souhaite orienter sa politique vers la recherche avec plusieurs sujets centraux tels que la dormance tumorale, les cancers pédiatriques (20 millions d’euros par an), des thérapies innovantes, l‘utilisation de l’IA (notamment pour la détection des cancers), tout en « facilitant l’accès aux essais cliniques » et en « renforçant leur intégration dans les pratiques cliniques ».
Pour mettre en pratique l’ensemble de la feuille de route, les agences régionales de santé disposeront d’un socle commun d’actions prioritaires « adaptées aux spécificités de chaque territoire ». Une articulation européenne et internationale sera également assurée au travers du Hub Cancer France, espace de coordination stratégique animé par l’Inca.
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