Jusqu'à quatre cancers sur dix dans le monde sont dus à des facteurs de risque évitables, selon une analyse de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de son Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Dans une étude publiée dans Nature Medicine, l’institution onusienne s’est penchée sur 30 faveurs de risque évitables de cancers, en tête desquels le tabac, l’alcool et les infections.
Les facteurs de risque évitables majeurs diffèrent en fonction du sexe – les infections causant le plus grand nombre de cancers chez la femme et le tabac chez les hommes – et de la zone géographique – le tabac dominant dans la région Europe et les infections dans la région Afrique. Des données qui mettent en évidence la nécessité de mettre en place des stratégies de prévention adaptées au contexte de chaque pays.
Ces résultats soulignent « l'énorme potentiel » de la prévention pour réduire le fardeau mondial du cancer. « Ces résultats portent un message positif pour le monde : nous pouvons éliminer une grande partie des cancers en changeant nos modes de vie individuels et nos politiques publiques. La lutte contre les facteurs de risque évitables permet non seulement de réduire l'incidence du cancer, mais aussi de diminuer les coûts des soins de santé à long terme et d'améliorer la santé et le bien-être de la population », s’est enthousiasmé le Dr André Ilbawi, chef de l’équipe en charge de la lutte contre le cancer à l’OMS, lors d’une conférence de presse pour la journée mondiale contre le cancer, le 4 février 2026. « Une action coordonnée entre les différents secteurs, de la santé et l'éducation à l'énergie, aux transports et au travail, peut éviter à des millions de familles de subir le fardeau d'un diagnostic de cancer », a ajouté à son tour la Dr Isabelle Soerjomataram, directrice adjointe de l'unité de surveillance du cancer du Circ.
Plus de cancers évitables chez les hommes
Les auteurs ont mené leur vaste étude sur des facteurs de risque connus comme l’indice de masse corporelle (IMC) élevé, l’activité physique insuffisante, la pollution atmosphérique, les rayons ultraviolets, l’allaitement subotpimal, certaines expositions professionnelles (arsenic, cadmium, formaldéhyde, silices…), mais ils ont aussi, pour la première fois dans une analyse mondiale, intégré neuf agents infectieux cancérigènes (papillomavirus humain [HPV], Helicobacter pylori [HP], hépatites B et C, Epstein-Barr Virus, herpès…). Pour tous ces facteurs, ils se sont intéressés aux expositions aux alentours de 2012.
S'appuyant sur des données provenant de 185 pays et portant sur 36 types de cancer (Globocan), ils estiment que 37,8 % de tous les nouveaux cas de cancer en 2022, soit environ 7,1 millions de cas, étaient liés à des causes évitables. Les chercheurs identifient le tabac comme la principale cause évitable de cancer dans le monde, responsable de 15,1 % des nouveaux cas, suivi par les infections (10,2 %) et la consommation d'alcool (3,2 %). Les cancers du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus, respectivement liés au tabagisme et à la pollution atmosphérique, à l’infection à HP et au HPV, représentaient près de la moitié de tous les cas de cancer évitables chez les hommes et les femmes.
Le fardeau des cancers évitables était nettement plus élevé chez les hommes que chez les femmes, avec 45,4 % des nouveaux cas de cancer chez les hommes contre 30 % chez les femmes. Chez les hommes, le tabagisme représentait environ 23,1 % de tous les nouveaux cas de cancer, suivi par les infections (9 %) et l'alcool (4 %). Chez les femmes, les infections représentaient 11,5 % de tous les nouveaux cas de cancer (HPV ou HP, principalement), suivies par le tabagisme (6 %) et un IMC élevé (3 %).
La France se démarque en politique de lutte contre le tabac
De plus, les cancers évitables varient considérablement d'une région à l'autre. Chez les femmes, ils représentent moins d’un quart des cancers en Afrique du Nord et en Asie occidentale et plus d’un tiers en Afrique subsaharienne. Chez les hommes, ce sont plus de la moitié des cas en Asie de l'Est contre plus d’un quart en Amérique latine et dans les Caraïbes. « Ces différences reflètent une exposition variable à des facteurs de risque comportementaux, environnementaux, professionnels et infectieux, ainsi que des différences en matière de développement socio-économique, de politiques nationales de prévention et de capacité des systèmes de santé », analysent les auteurs.
Pour le Dr Ilbawi, ces résultats donnent l’espoir d’éliminer le cancer du col de l’utérus dû au HPV ou encore de réduire fortement le nombre de cancers du poumon : « il existe beaucoup de programmes de prévention des cancers en Europe qui peuvent facilement être mis en place ». « La France, notamment, fait exemple dans la réduction de la consommation de tabac grâce aux taxes », illustre-t-il. « Il faut investir dans la prévention pour l’économie des pays et le respect de la dignité des personnes vivant avec un cancer. L’OMS œuvre pour cela et répète son engagement auprès des pays, notamment les plus précaires », conclut-il.
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