Avec une nouvelle feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge des personnes en situation d’obésité, le gouvernement entend consolider l’existant. Cette stratégie se concentre sur la prévention secondaire et tertiaire de l’obésité, avec la volonté d’orienter précocement, de structurer les filières à l’échelle territoriale et de former les professionnels. Sa construction a été co-pilotée par la Pr Judith Aron- Wisnewsky, présidente du groupe de concertation et coordination des centres spécialisés de l’obésité (CSO).
« Le plan obésité 2010-2030, puis la feuille de route 2019–2022, ont posé des bases structurantes : reconnaissance de l’obésité comme maladie chronique, création des centres spécialisés de l’obésité, structuration des filières territoriales et affirmation d’une prise en charge fondée sur la pluridisciplinarité, a introduit la Dr Stéphanie Rist, ministre de la Santé, lors de la conférence de lancement, ce 14 janvier 2026. Mais aujourd’hui ce n’est plus suffisant ». C’est ainsi sur l’offre de soin et les parcours que la feuille de route 2026-2030 cherchera à « consolider ce qui fonctionne, corriger ce qui fragilise et accélérer là où l’attente est la plus forte ». « L’obésité est une maladie chronique qui appelle un accompagnement global, coordonné et au long cours, adapté à la diversité des situations et des trajectoires de vie », a déclaré la ministre de la Santé.
Remboursement du suivi diététique, psychologique et de l’activité physique adaptée
La feuille de route s’articule autour de trois axes, déclinés en huit mesures et 22 actions opérationnelles :
- orienter plus précocement les personnes repérées à risque ou en situation d’obésité, tout en améliorant le recueil et l’exploitation des données épidémiologiques ;
- structurer et renforcer les filières Obésité à l’échelle territoriale, avec l’appui des 42 CSO, afin de garantir des parcours gradués, coordonnés et accessibles ;
- développer la formation et l’outillage des professionnels de santé et des autres intervenants de la prise en charge.
La ministre a souligné plusieurs mesures notables comme le remboursement de consultations de diététique, de psychologues et de l'activité physique adaptée pour les patients à risque de passer en affection longue durée (ALD), la formation des soignants et des patients-experts, et l’ouverture de postes supplémentaires en diabéto-endocrino-nutrition.
Puisque l’obésité touche les jeunes de plus en plus tôt, la ministre a également insisté sur le repérage précoce, en lien avec les PMI (protection maternelle et infantile) et la médecine scolaire, assurant que cette feuille de route s’inscrit dans un travail interministériel plus vaste. Pour les adultes, la médecine du travail ou les examens périodiques doivent être l’occasion d’un repérage. « Nous souhaitons également améliorer la qualité des données épidémiologiques et de leur suivi, notamment chez les jeunes », a quant à elle indiqué Line Farah, conseillère « prévention, santé publique et numérique » au sein du cabinet de Stéphanie Rist.
Concernant la prévention primaire, cette feuille de route de l’obésité doit s’articuler avec le Programme national nutrition santé 2025-2030 (PNNS), toujours en attente de publication, comme la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat.
Le remboursement des aGLP-1, toujours en attente
Courant 2026, un parcours coordonné renforcé (PCR) de soins et d'éducation thérapeutique, jusqu'ici expérimental, sera déployé pour certains adultes en situation d'obésité complexe ou associée à certaines complications. Outre la prise en charge médicale, cela comprend un suivi diététique, psychologique et de l'activité physique adaptée, une coordination renforcée et un suivi au long cours. D’autres parcours verront le jour, dédiés aux enfants ou aux personnes orientées vers la chirurgie bariatrique.
Par ailleurs, la ministre a souligné la publication fin 2025 d’une prise de position nationale sur l’accompagnement des prescriptions des traitements médicamenteux de l’obésité, élaborée sous l’égide du Groupe de concertation et de coordination des CSO, afin de sécuriser les pratiques et prévenir les risques de mésusage.
Enfin, le remboursement des analogues du GLP-1 (aGLP-1), Wegovy (sémaglutide) et Mounjaro (tirzépatide), approuvé par la Haute Autorité de santé, reste suspendu à la fin des négociations sur le prix, « toujours en cours », a rapporté Louis Culot, conseiller financement du système de santé et produits de santé du cabinet de Stéphanie Rist. « Nous souhaitons soutenir l’innovation thérapeutique et accompagner l’arrivée des nouveaux traitements », a commenté la ministre, « cela doit arriver vite, dans les prochaines semaines ». La HAS a déjà précisé les situations prioritaires tandis que l’Agence nationale de sécurité du médicament a élargi à l’ensemble des médecins leur prescription dans l’obésité, jusque-là réservée aux spécialistes. Il faut que « ces médicaments soient remboursés a minima pour les patients les plus sévères, si l'on ne peut pas le faire pour tous », a dit la Pr Aron-Wisnewsky à l'AFP.
« Enfin ! On attendait cette feuille de route depuis environ deux ans », a réagi auprès de l'AFP Anne-Sophie Joly, présidente du Comité national des associations d'obèses (CNAO). « C'est une pierre très importante pour le curatif, mais il faut aussi du préventif sur l'alimentation, en donnant des outils à la population, en travaillant sur l'ultratransformation », a-t-elle pointé.
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