Pour améliorer la prévention et la prise en charge du cancer du sein, il est nécessaire de relancer le dépistage organisé, accroître la qualité du parcours de soins, notamment en s’attaquant aux restes à charge, et optimiser les soins post-traitement, considère la Cour des comptes. Saisie par la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, elle remet ce 28 janvier 2026 son évaluation de la politique publique sur le sujet. Bernard Lejeune, président de la 6e chambre de la Cour des comptes, a présenté ce matin aux députés à l’origine de la saisine, ce rapport intitulé « La prévention et la prise en charge du cancer du sein ».
« Ce travail prend place près d’un an après qu’a été promulguée la loi, portée par Fabien Roussel, visant à promouvoir le soin et la prise en charge du cancer du sein. Lors du vote, nous avions notamment discuté des conséquences du dépassement honoraire dans la prise en charge du cancer du sein », a introduit Frédéric Valletoux, président de la Commission des affaires sociales. « C’est de ce constat que découle notre enquête », a précisé Bernard Lejeune. Avec une prévalence de plus de 727 000 cas en 2023, les dépenses supportées par l’Assurance-maladie pour la prise en charge du cancer du sein se sont élevées à près de 4,7 milliards d’euros cette année-là, en hausse marquée par rapport à 2015 (2,8 milliards). Le reste à charge demeure « significatif », à hauteur de 1 549 euros en moyenne pour la phase active du traitement, poussant « les plus démunies » à des renoncements de soins, pointe cette évaluation sur 2015-2025.
Le groupe de travail de la Cour a décidé de se concentrer sur le dépistage, le parcours de soins et l’après-traitement qui présentent « des marges d’amélioration évidentes ». « Nous avons analysé les données avec un cahier méthodologique précis, notamment une étude du système national des données de santé (SNDS), nous avons également réalisé des sondages auprès des femmes et des patientes, et inclus un comité scientifique composé de médecins, d’économistes, de représentants de patients, etc. », a souhaité préciser Bernard Lejeune.
Un dépistage individuel qui concurrence le dépistage organisé
Le rapport déplore une participation insuffisante – et en recul – au dépistage organisé du cancer du sein. Mis en place en 2004, le dispositif affiche un taux de participation de 46,5 % en 2022-2023 contre 47,7 % en 2021-2022, « malgré son efficacité démontrée ». De plus, la Cour constate une concurrence avec le dépistage individuel. « Nous ne le critiquons pas, évidemment, mais le dépistage individuel capte des participantes au dépistage organisé et ouvre la porte aux dépassements d'honoraires », a commenté Bernard Lejeune. Une situation accentuée, malgré la gratuité, par des disparités territoriales et sociales telles que la densité de centres y participant, les délais d’attente ou encore le niveau de littératie. « Nous avons recensé 1,5 radiologue pour 100 000 femmes en Lozère contre 11,3 à Paris », expliquent les auteurs du rapport.
Ainsi, la Cour des comptes recommande d’instaurer, dans la prochaine loi de financement de la sécurité sociale, une obligation pour tous les centres de radiologie souhaitant pratiquer l’imagerie sénologique à participer au programme de dépistage organisé. Elle suggère de développer les outils numériques et d’intelligence artificielle d’ici à 2027. « La Haute Autorité de santé devrait s’impliquer dans la numérisation », enjoignent-ils. Elle invite également à réfléchir à l’âge d’accès au dépistage organisé, certains pays en Europe et dans le monde l’ayant ouvert à la tranche des 45-49 ans.
Renforcer la coopération entre établissements de santé
La Cour a également constaté des résultats en matière de qualité et de sécurité des soins « globalement insuffisants ». « Il y a des seuils d’activité chirurgicale en vigueur non respectés dans plus d’un établissement autorisé sur dix en 2023, des délais d’attente pour une chirurgie trop longs, une absence de référentiel national de prise en charge du cancer du sein… », a illustré Bernard Lejeune.
La Cour des comptes recommande de rehausser le nombre minimal annuel de séjours de chirurgie du cancer du sein permettant d’autoriser l’activité d’un établissement de 70 à 150 (seuil européen), d’assurer un suivi régulier de l’activité des établissements autorisés, et de renforcer la coopération entre établissements afin de permettre aux patientes de bénéficier d’interventions chirurgicales en centre expert à haut volume d’activité quand d’autres étapes se dérouleraient dans un centre plus proche.
Faciliter l’accès à l’activité physique adaptée
Enfin, la Cour a constaté un accompagnement de l’après-cancer insuffisamment structuré au regard des besoins, là encore grevé par des inégalités territoriales et sociales. C’est d’ailleurs là que les restes à charge se font particulièrement sentir pour les patientes. « Un reste à charge moyen de plus de 1 500 euros subsiste pour les femmes après remboursement par l’Assurance-maladie obligatoire », a argumenté Bernard Lejeune. Les outils destinés à structurer le suivi post-thérapeutique – en particulier le programme personnalisé d’après-cancer, par exemple avec la feuille de suivi hôpital-ville, ou encore l’accès à l’activité physique adaptée (APA) – restent inégalement mis en œuvre. « Il existe un manque de coordination entre l’hôpital et la ville, mais aussi une formation insuffisante des médecins généralistes pour suivre les patientes dans l’après-cancer », a exposé le président de la 6e chambre.
La Cour recommande donc de rendre obligatoire pour les établissements, dès 2027, l’élaboration du programme personnalisé d’après-cancer. Enfin, elle souligne la nécessité de publier les textes réglementaires d’application de la loi du 5 février 2025 afin d’en permettre l’application effective.
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