Certaines signatures microbiennes sont associées à un risque infectieux chez le nouveau-né, révèlent des chercheurs français* dans une étude publiée dans l’American Journal of Obstetrics and Gynecology. Les scientifiques montrent ainsi la pertinence d’analyser le microbiote vaginal à partir d’un prélèvement réalisé lors de l’accouchement pour prédire le risque d’infection néonatale. « Ces résultats ouvrent la perspective du développement d’un test moléculaire rapide, non invasif et multiplex, reposant sur des technologies innovantes en cours de développement », se sont réjouis les auteurs dans un communiqué de l’AP-HP.
Leurs découvertes ouvrent la voie à une meilleure identification des situations à risque et permettront une prise en charge maternelle et néonatale optimale et personnalisée, tout en limitant le recours excessif aux antibiotiques. « Les outils diagnostiques actuellement disponibles reposent principalement sur le dépistage du streptocoque du groupe B réalisé à l’approche du terme. Si cette approche a permis de réduire certaines infections, elle ne prend pas en compte la complexité du microbiote vaginal et ne permet pas d’évaluer le risque infectieux global », explique le communiqué.
Intérêt d’une approche métagénomique
Pour cette étude prospective multicentrique, les auteurs ont inclus 2 566 femmes prises en charge dans trois maternités d’Île-de-France (Port-Royal, Louis-Mourier et Bichat AP-HP) et ont recherché les cas de rupture prématurée des membranes entre 22 et 36 semaines d’aménorrhée (+6 jours), une situation exposant à un risque évitable de sepsis néonatal précoce dû à une infection ascendante. Ils ont retrouvé 560 cas de rupture, soit 646 nouveau-nés du fait des jumeaux. La rupture prématurée est survenue avant 32 semaines d’aménorrhée dans 41,9 % des cas et les accouchements ont eu lieu avant 34 semaines dans 41 % des cas. Parmi les cas de rupture, les auteurs retrouvent 4,5 % d’enfants présentant un sepsis.
Les chercheurs ont réalisé des prélèvements vaginaux chez les femmes ayant fait une rupture prématurée des membranes et les ont analysés à l’aide de deux approches complémentaires : l’une de bactériologie conventionnelle, incluant l’identification bactérienne par culture, des tests moléculaires ciblés (PCR) et la caractérisation des profils de résistance aux antibiotiques ; et l’autre de métagénomique, permettant une caractérisation globale et non ciblée des communautés bactériennes vaginales. « L’approche métagénomique a permis une meilleure stratification du risque infectieux que les méthodes bactériologiques usuelles », ont-ils précisé.
La bactérie Escherichia coli particulièrement incriminée
Il ressort des analyses que le risque d’infection néonatale précoce était associé à des déséquilibres globaux du microbiote vaginal plutôt qu’à la présence d’un seul agent infectieux. Par ailleurs, les auteurs ayant pu réaliser un prélèvement microbiologique chez 26 nouveau-nés, ils ont pu identifier certains pathogènes présents chez les enfants. « Les situations à risque étaient caractérisées par une diminution de la dominance des lactobacilles, une augmentation de la diversité bactérienne et la présence accrue de bactéries potentiellement pathogènes, au premier rang desquelles Escherichia coli, fréquemment retrouvée à la fois chez la mère et chez le nouveau-né », ont détaillé les scientifiques.
Si la vaginose bactérienne ne provoque pas de sepsis du nouveau-né, elle constitue un environnement favorable pour les infections ascendantes, qui dépend de l’abondance relative de bactéries aérobies et de lactobacilles. « Ainsi, pour prédire le risque d'infection, il convient de prendre en compte à la fois l'environnement microbiologique vaginal (c'est-à-dire sain ou pathogène) et les agents pathogènes pouvant être directement responsables des sepsis », ont conclu les auteurs.
*AP-HP, Université Paris Cité, Université Sorbonne Paris Nord, Inserm, Institut Pasteur, FHU Prem’Impact. Ces résultats sont issus d’un consortium constitué dans le cadre de la FHU Prem’Impact et du projet Inspire (Innovative Strategies for Perinatal Infectious Risk Reduction). Ce projet, dédié aux stratégies innovantes pour la réduction du risque infectieux périnatal, est porté par l’AP-HP, l’Inserm, l’Institut Pasteur et la société BforCure, et soutenu par Bpifrance.
Petit poids à la naissance : l’effet délétère de la chaleur est aggravé par une faible végétalisation et la pauvreté
Quinze ans après Fukushima, quelles leçons pour la santé des populations ?
AVC de l’œil : la ténectéplase pas plus efficace que l’aspirine mais plus risquée
Cancer du sein post-partum : la sénescence favorise la dissémination des cellules