Des résultats de phase 3 publiés dans The New England Journal of Medicine et présentés à la Kidney Week 2025 ont montré l’efficacité de deux molécules – le sibéprenlimab et l’atacicept – pour la réduction de la protéinurie dans la néphropathie à IgA. Le sibéprenlimab a également permis une stabilisation de la fonction rénale à 12 mois. Ces nouveaux résultats de congrès, sans oublier ceux sur le télitacicept, sont le reflet d’une activité de recherche singulière dans la néphropathie à IgA.
« Nous assistons à une phase enthousiasmante et foisonnante », avait déjà commenté le Pr Christophe Mariat, néphrologue au CHU de Saint-Étienne pour Le Quotidien lors de la publication d’études sur l’iptacopan et l’atrasentan.
La néphropathie à IgA, la maladie glomérulaire primitive la plus fréquente, ne bénéficiait d’aucun traitement spécifique jusqu’à récemment, mis à part les stéroïdes. « Le développement de médicaments dans cette pathologie était contraint par l’objectif de freiner l’entrée en dialyse, relate au Quotidien la Dr Évangéline Pillebout, néphrologue à l’hôpital Saint-Louis (Paris). Il y a quelques années, la Food and Drug Administration a modifié les critères d’évaluation pour les candidats médicaments et octroie désormais une autorisation provisoire si le médicament permet de diminuer la protéinurie à 9 mois et une autorisation définitive s’il montre en plus une différence significative de fonction rénale à 2 ans. » Aujourd’hui, plusieurs dizaines d’études sont en cours dans cette pathologie avec quelques traitements d’ores et déjà approuvés aux États-Unis et en Europe, et d’autres en accès précoce aux États-Unis grâce aux résultats à 9 mois. En France, seuls les corticoïdes sont pour le moment disponibles.
Trois nouveaux axes thérapeutiques définis
En réponse à l’émulation de la recherche clinique, l’organisation internationale Kdigo (pour Kidney Disease : Improving Global Outcomes) a mis à jour en octobre 2025 ses recommandations sur la néphropathie à IgA. Trois objectifs thérapeutiques sont fixés pour la prise en charge : renforcer la néphroprotection (inhibiteurs du SGLT2, antagonistes du système rénine-angiotensine II, antagoniste des récepteurs de l’endothéline…), diminuer la production d’IgA (sibéprenlimab, atacicept, télitacicept, budésonide, anti-CD38…) et enfin contrôler les conséquences intrarénales de la maladie (iptacopan, inhibiteurs du complément).
Le sibéprenlimab, l’atacicept et le télitacicept ont la particularité d’agir sur la voie Baff/April, qui empêche la commutation isotopique des IgG en IgA des lymphocytes B. « Nous avons actuellement cinq molécules en cours de développement sur cet axe, c’est la course ! », précise la Dr Pillebout.
Le sibéprenlimab stabilise la fonction rénale
Le sibéprenlimab a fait l’objet de l’essai Visionary, qui l’a comparé en double aveugle à un placebo. Les résultats intermédiaires à 40 semaines ont inclus 320 patients (152 dans le groupe sibéprenlimab et 168 dans le groupe placebo). Les auteurs rapportent une diminution significative du ratio protéinurie/créatininurie des 24 heures dans le groupe sibéprenlimab de 50,2 % contre 2,1 % dans le groupe placebo. À 52 semaines, la réduction était de 56,6 % contre 5,1 %. Sur le critère secondaire de la fonction rénale, les données à 9 mois montrent une stabilisation du débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe). Enfin, les chercheurs ont jugé le profil de sécurité similaire dans les deux groupes (3,5 % d’événements sévères dans le groupe sibéprenlimab contre 4,4 %). « Si d’autres molécules montraient plutôt un ralentissement du déclin de la fonction glomérulaire, celui-là va plus loin », s’est enthousiasmée la Dr Évangéline Pillebout.
Tous ces traitements ne sont que suspensifs et semblent à prendre à vie
Dr Évangéline Pillebout, néphrologue à l’hôpital Saint-Louis (Paris)
L’essai en double aveugle Origin, quant à lui, a évalué l’atacicept. À la semaine 36, la réduction du ratio protéinurie/créatininurie des 24 heures était de 45,7 % dans le groupe atacicept et de 6,8 % dans le groupe placebo. Là encore, le profil de sécurité était similaire dans les deux groupes (0,5 % d’événements sévères dans le groupe atacicept contre 5,1 %).
Quant à l’essai chinois sur le télitacicept, les auteurs ont rapporté une efficacité sur l’amélioration de la protéinurie avec une réduction de 58,9 % du ratio protéinurie/créatininurie des 24 heures.
Face à cette dynamique positive, la néphrologue se réjouit mais avertit toutefois que « des limites vont bientôt se présenter à nous ». « Premièrement, tous ces traitements ne sont que suspensifs et semblent à prendre à vie. Deuxièmement, aucune étude de tolérance n’a été réalisée sur l’association des différents types de molécules », développe-t-elle. Comme l’évoquait son confrère le Pr Mariat, la Dr Pillebout rappelle qu’il faudra clarifier quels agents utiliser et pour qui. « D’autant plus que nous ne disposons d’aucun biomarqueur dans cette maladie, mis à part les IgA déficientes en galactose (Gd-IgA) mais qui ne se révèlent pas très performantes », conclut-elle. Ainsi, comme pour l’iptacopan et l’atrasentan plus tôt dans l’année, ces résultats ne seront définitifs qu’avec les données à 24 mois sur le DFGe. L’année 2026 s’annonce très riche dans la néphropathie à IgA.
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