La metformine permet une perte de poids modeste, mais notable chez les enfants et adolescents atteints d’un trouble bipolaire en surpoids ou en obésité traités par antipsychotiques de seconde génération, selon une étude publiée dans The Lancet Psychiatry. Malgré la prévalence des effets secondaires gastro-intestinaux, les auteurs estiment que la metformine peut représenter une option thérapeutique dans cette population de patients.
La prise de poids avec les antipsychotiques de seconde génération expose à un risque à long terme élevé de maladies cardiovasculaires et peut, de plus, constituer un facteur de risque d’arrêt de traitement.
« L’efficacité de la metformine pour la perte de poids des patients traités par antipsychotiques de seconde génération a été confirmée dans plusieurs essais contrôlés randomisés et méta-analyses », rapportent les auteurs. Un bénéfice que défendent des psychiatres et d’autres professionnels de santé français dans une tribune publiée dans Le Monde. « La metformine […] est prescrite contre le diabète ou l’obésité induite par les neuroleptiques depuis le début des années 2000. Elle est la première intervention pharmacologique mise en avant dans plusieurs recommandations internationales de psychopharmacologie pour traiter et prévenir l’obésité », expliquent les signataires appelant ainsi à rembourser certains médicaments hors AMM en psychiatrie.
À 6 mois, les participants sous metformine étaient 26 % plus susceptibles de perdre du poids
L’essai a randomisé 1 565 participants avec un diagnostic de trouble bipolaire provenant de 64 centres aux États-Unis inclus entre novembre 2015 et février 2022. Ils avaient entre 8 et 19 ans (âge moyen 13,9 ans) et étaient en situation de surpoids ou d’obésité (IMC moyen de 29), et traités par antipsychotiques de seconde génération (notamment aripiprazole, rispéridone, quétiapine). Les jeunes étaient assignés (1:1), soit au groupe « Life » (prise en charge hygiéno-diététique) (n = 788), soit au groupe « Met + Life » (metformine et prise en charge hygiéno-diététique) (n = 777).
À 6 et 24 mois, les participants du groupe Met + Life, quelle que soit la dose de metformine, étaient 26 et 11 % plus susceptibles de perdre du poids que ceux du groupe Life (taille d’effet standardisée de 0,26 et 0,11). Les paramètres cardiométaboliques étaient améliorés dans le groupe Met + Life (HDL, hyperglycémie). Les auteurs rapportent 13 tentatives de suicide au cours du suivi dans le groupe Met + Life contre 28 tentatives dans Life. Les effets gastro-intestinaux en revanche étaient 2 à 4 fois plus fréquents dans le groupe prenant de la metformine. « Les résultats suggèrent que les cliniciens devraient envisager de prescrire de la metformine aux jeunes atteints de troubles bipolaires et de troubles de l'humeur apparentés qui sont en surpoids ou obèses et qui sont traités par des antipsychotiques de deuxième génération », concluent les auteurs.
Les aGLP-1 contre la prise de poids induite par les psychotropes
Bien qu’un surrisque de comportements suicidaires avec l’usage des aGLP-1 ait été suspecté un temps, les données de littérature montrent aujourd’hui que cette classe médicamenteuse pourrait au contraire avoir un effet bénéfique sur les symptômes cognitifs et l’humeur. Les aGLP-1 ayant par ailleurs prouvé leur efficacité pour la perte de poids chez le sujet en obésité ou atteint de diabète de type 2, des chercheurs allemands ont suggéré que ces médicaments – à condition d’études de sécurité – pourraient aussi être exploités en psychiatrie contre la prise de poids induite par les psychotropes. « Les aGLP-1 peuvent offrir à ces patients une bouée de sauvetage indispensable, leur permettant de continuer à bénéficier d'un traitement efficace sans sacrifier leur santé physique ou leur qualité de vie. En ce sens, les aGLP-1 ont le potentiel de changer la donne en psychiatrie », déclarent-ils dans une lettre de recherche publiée dans le Jama.
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