Le mégestrol renforce l’effet anti-prolifératif du traitement anti-oestrogénique dans le cancer du sein ER+/HER2- de stade précoce, révèle l’étude Pioneer. Mené par une équipe britannique à l’Université de Cambridge, cet essai de phase 2b publié dans Nature Cancer a évalué l’association de cet analogue de la progestérone à une hormonothérapie anti-œstrogène par létrozole (inhibiteur de l’aromatase). Ce travail a été financé par l'Anticancer Fund, le Cancer Research UK, l'Addenbrooke's Charitable Trust et le National Institute for Health and Care Research Cambridge Biomedical Research Centre (Royaume-Uni).
Précédemment, des recherches au Cancer Research UK Cambridge Institute avaient montré, sur des cultures cellulaires et des modèles murins, que la progestérone empêche les cellules cancéreuses ER+ de se diviser en bloquant indirectement les récepteurs ER, entraînant un ralentissement de la croissance tumorale. « Certaines patientes atteintes d'un cancer du sein ER+ présentent également des taux élevés de récepteurs de la progestérone », a ajouté dans un communiqué de l’Université de Cambridge le Dr Richard Baird, oncologue médical de la faculté qui a dirigé ces travaux.
De plus, si en France, comme dans d’autres pays, l’acétate de mégestrol est autorisé comme hormonothérapie pour le traitement palliatif des carcinomes du sein, des données cliniques ont mis en avant un éventuel bénéfice du mégestrol à faible dose pour soulager les bouffées de chaleur induites par le traitement anti-œstrogène dans les cancers du sein hormonodépendants.
Ainsi, pour les auteurs, « ces résultats justifient la poursuite de l'évaluation du mégestrol à faible dose, qui présente deux mécanismes susceptibles d'améliorer les résultats du traitement du cancer du sein en association avec un traitement anti-œstrogénique standard : il atténue les bouffées de chaleur, ce qui favorise l'observance du traitement, et il a un effet antiprolifératif direct ».
Une faible dose de mégestrol suffirait
L’essai Pioneer a inclus 198 femmes ménopausées atteintes d’un cancer du sein ER+/HER2- traitées par létrozole, associé à une faible dose de mégestrol (n = 74) ou une forte dose de mégestrol (n = 73) ou seul (n = 51), deux semaines avant la tumorectomie. À deux semaines de traitement, les chercheurs ont constaté que les patientes ayant reçu l’association présentaient un taux de croissance tumorale réduit (mesurée par immunohistochimie) et une réduction de l’activité transcriptionnelle des récepteurs œstrogéniques par rapport à celles traitées uniquement par anti-œstrogènes.
De surcroît, les effets du progestatif étaient similaires entre la faible et la haute dose (40 et 160 mg par jour). Les auteurs rapportent par ailleurs des taux semblables d’événements indésirables entre les trois bras, ceux concernant le mégestrol se rapportant principalement à une sécheresse buccale, une dyspnée et des saignements vaginaux.
« Bien que la dose élevée de progestérone soit autorisée dans le cadre d'un traitement anticancéreux, elle peut avoir des effets secondaires à long terme, notamment une prise de poids et une hypertension artérielle. Or un quart de cette dose s'est avéré tout aussi efficace, tout en entraînant moins d'effets indésirables. Nous savons grâce à des essais précédents qu'une faible dose de progestérone est efficace pour traiter les bouffées de chaleur chez les patientes sous traitement anti-œstrogénique. Cela pourrait réduire le risque que les patientes arrêtent leur traitement et contribuer ainsi à améliorer les résultats dans le cas du cancer du sein. Le mégestrol, le médicament que nous avons utilisé, n'est plus protégé par un brevet, ce qui en fait une option rentable », ont ainsi conclu les auteurs.
Des études de suivi seront désormais nécessaires pour confirmer ces résultats et le double bénéfice du mégestrol en association dans le cancer du sein ER+ de stade précoce.
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