Entre 2006 et 2017, la prescription d’antalgiques opioïdes de palier 3 a augmenté d’environ 150 %, selon l'état des lieux dressé par un groupe d'experts rassemblé par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).
« Cette augmentation est liée à une amélioration des soins et au retrait du dextropropoxyphène en 2011, deuxième médicament le plus prescrit après le paracétamol en particulier chez les personnes âgées avec 70 millions de boîtes délivrées en une année, réagit le Pr Frédéric Aubrun, chef du service d’anesthésie-réanimation douleur du groupe hospitalier Nord de Lyon, et président de la Société française d'étude et de traitement de la douleur (SFETD). Il y a eu un report vers les autres antalgiques opioïdes de paliers 2, comme le tramadol, mais aussi paradoxalement vers le paracétamol. Il y a aussi eu une augmentation significative des antalgiques opioïdes de pallier 3. »
Pour le Pr Nicolas Authier (CHU de Clermont-Ferrand), membre de la commission des stupéfiants et des psychotropes de l'ANSM, cette augmentation est principalement dû à l'augmentation des prescriptions pour des douleurs non cancéreuses ont augmenté de 88 %.
10 millions de Français consommateurs en 2015
En 2015, presque 10 millions de Français ont reçu un antalgique sur prescription médicale. Le tramadol est l'antalgique opioïde le plus consommé en France : 11,22 doses définies journalières pour 1 000 habitants en 2017, soit une augmentation de 68 % depuis 2006. Dans l'écrasante majorité des cas, la prescription est faite par un médecin généraliste : 86,3 % des opioïdes faibles et 88,7 % des opioïdes forts ont été prescrits par les médecins du premier recours.
Le nombre d'hospitalisations liées à la consommation d'antalgiques opioïdes obtenus sur prescription médicale a augmenté de 15 à 40 hospitalisations pour un million d'habitants entre 2000 et 2017. Le nombre de décès liés à la consommation d'opioïdes a augmenté de 1,3 à 3,2 décès par million d'habitants, soit au moins 4 décès par semaine.
Aux États-Unis, l'explosion du nombre de prescriptions d'opioïdes à partir de 1990 a provoqué une crise sanitaire qui se traduit aujourd'hui par 17 087 décès par surdosage en 2016, soit 115 décès par jour. « On est très éloigné des États-Unis en termes de réglementation, de dépendance et d'overdoses, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de mésusage prévient le Pr Aubrun ! Certaines prescriptions en post-opératoire sont trop généreuses, ce qui occasionne un stockage d'antalgique chez les patients », estime-t-il.
Lors de la journée d’échange partenarial de l’ANSM du 11 mai 2017, plusieurs mesures ont été proposées : renforcer la formation des professionnels de santé et des étudiants, améliorer la prise en charge globale de la douleur et de la souffrance avec prise en compte du risque de mésusage, d’abus et de dépendance dans l’évaluation globale, améliorer la diffusion des connaissances auprès des professionnels de santé en relayant les recommandations des sociétés savantes par les agences de santé et les Comité de lutte contre la douleur.
Le SFETD propose aussi plusieurs actions pour éviter qu'un glissement s'opère vers le mésusage et la dépendance : renforcer le suivi épidémiologique de la consommation d'antalgiques opiacés en France, réaliser et diffuser des fiches destinées aux patients et aux prescripteurs dédiées aux médicaments sensibles au risque d'accoutumance, la mise à disposition de la naloxone.
Pour le Pr Aubrun, le packaging doit aussi être revu. « Certaines boîtes contiennent du tramadol sans que ce soit indiqué, précise-t-il. Un autre élément sur lequel nous insistons est la nécessité de revoir à la baisse le nombre de gélules par boîte. Il faut s'adapter aux besoins du patient et repérer les “abuseurs” qui font du nomadisme entre les pharmacies. »
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