Résultats en demi-teinte pour l’étude DexEnceph. Très attendue, cette étude menée par des chercheurs britanniques a montré que l’ajout de dexaméthasone au traitement antiviral par aciclovir de l’encéphalite à virus herpès simplex (HSV) n’améliore pas les résultats à long terme.
Toutefois, les auteurs pensent qu’une utilisation précoce du corticostéroïde pourrait tout de même conduire à une meilleure guérison et représenter un intérêt pour les patients en cas de suspicion d’encéphalite. « Notre objectif était de savoir si les corticoïdes diminuaient la survenue de séquelles, notamment cognitives, et amélioraient le pronostic à long terme. Nous n’avons pas retrouvé de différences entre les groupes, mais nous avons constaté une totale sécurité de la dexaméthasone », commente pour le Quotidien le Pr Jean-Paul Stahl, infectiologue au CHU de Grenoble et co-auteur de DexEnceph.
Or, les corticostéroïdes sont déjà utilisés dans d'autres maladies inflammatoires du cerveau, telles que l'encéphalite auto-immune. « De plus en plus, lorsque des patients présentent une encéphalite, les cliniciens souhaitent leur administrer des corticostéroïdes au cas où il s'agirait d'une encéphalite auto-immune, mais tant qu'ils n'ont pas exclu l'encéphalite à HSV, ils ne se sentent pas en sécurité pour le faire », a expliqué le Pr Tom Solomon, premier auteur, dans un communiqué de l’Université de Liverpool. Ainsi, « les preuves de l'innocuité de la dexaméthasone dans l'encéphalite à HSV suggèrent qu'elle pourrait être envisagée à un stade précoce chez tous les patients suspectés d'encéphalite, avant que la cause ne soit confirmée », ont avancé les chercheurs issus du Pandemic Institute, de l'université de Liverpool et du Walton Centre NHS Foundation Trust, en partenariat avec Encephalitis International.
« DexEnceph répond à une incertitude de longue date dans la pratique quotidienne, en fournissant des preuves pour guider le traitement dans les premiers jours cruciaux de la maladie », est-il résumé dans l’article. L’étude DexEnceph, publiée dans The Lancet Neurology, « fournit les preuves les plus concluantes à ce jour sur l'opportunité d'utiliser des corticostéroïdes en association avec l'aciclovir pour traiter cette infection cérébrale grave pouvant changer le cours d'une vie », ont résumé les auteurs.
Une sécurité satisfaisante dans l’encéphalite herpétique
L'essai de phase 3 multicentrique, randomisé, simple aveugle (observateurs) a recruté 94 patients atteints d’une encéphalite à HSV 1 ou 2 dans 53 hôpitaux du système de santé britannique (National Health Service). Les participants ont reçu soit de la dexaméthasone, à la dose de 10 mg/kg quatre fois par jour pendant quatre jours, associée à de l’aciclovir (n = 47), soit de l'aciclovir seul (n = 47). En médiane, la dexaméthasone a été administrée dans les 7 jours suivant l’hospitalisation. Une limite de l’étude, comme le souligne le Pr Stahl, les auteurs ayant cherché à inclure le plus de patients : « une précédente étude allemande sur le sujet a obtenu des résultats mitigés du fait, sûrement, de critères d’inclusion trop stricts ».
Sur le critère d'évaluation principal, la mémoire verbale à 26 semaines (échelle de mémoire de Wechsler), les auteurs ne retrouvent aucune différence significative globale de score entre les deux groupes (71 versus 69 dans le groupe contrôle). « Il n’y avait aucune différence significative à la visite de la semaine 78 sur la mémoire verbale ou pour d’autres paramètres, rapportent les auteurs. Mais l’administration de dexaméthasone s’est révélée sûre avec une absence de signal de détection accrue d’HSV dans le liquide céphalo-rachidien ». Un résultat qui confirme que la dexaméthasone est peu susceptible d'entraver l'élimination virale, ce qui était l'une des préoccupations liées à l'utilisation de ce traitement immunosuppresseur à large spectre.
Des recommandations en cours pour l’utilisation précoce
Une analyse exploratoire de DexEnceph, en cours, évalue désormais l’intérêt d’un démarrage précoce des corticostéroïdes dans les encéphalites infectieuses. « Nous pensons que cela peut être efficace, des données expérimentales vont dans ce sens. C’est ce qui s’est passé pour les méningites bactériennes, il a été montré qu’une administration dans les 48 heures était pertinente », commente le Pr Stahl. Dans DexEnceph, lorsque le corticostéroïde était administré précocement au cours de la maladie, nous avons observé une tendance « à mieux se porter », ajoutent les auteurs.
Forts de leurs résultats, les auteurs de DexEnceph espèrent désormais que les directives européennes sur l’encéphalite, en cours de révision, encourageront l’utilisation précoce de corticostéroïdes chez les patients suspectés d’encéphalite. Côté français, une étude jumelle de DexEnceph est en cours, a confié le Pr Jean-Paul Stahl.
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