Deux immunomarqueurs de lésion rénale et un marqueur anti-inflammatoire, mesurés dans le sang, permettraient de prédire la mortalité à trois mois d’une infection Covid-19 chez les patients hospitalisés pour oxygénothérapie de support mais sans être dans un état critique.
Ces travaux, menés par des chercheurs de l’Inserm et l’Université Paris-Cité dans le cadre de l’étude Corimuno-19, ont permis l’élaboration d’un score de gravité de l’infection à partir d’une simple prise de sang. Les résultats sont publiés dans le Journal of Clinical Investigation Insight.
Le marqueur anti-inflammatoire participant à prédire la sévérité de l’infection est l’interleukine 10 (IL-10). Quant aux deux immunomarqueurs rénaux KIM-1 (kidney injury molecule-1) et LCN2 (lipocalin-2), ils avaient déjà été identifiés par la même équipe de recherche comme présents dans des biopsies de l’organe chez 31 patients avec une pneumonie Covid-19 et une dysfonction rénale récente. Néanmoins, leur présence dans le sang n’avait pas encore été prouvée. « De nombreuses études avaient déjà montré l’association de certains facteurs pro-inflammatoires avec la sévérité de la maladie, explique Pierre-Louis Tharaux, directeur de recherche Inserm et dernier auteur de cette étude. Mais très peu ont été capables de prédire la mortalité ou même le transfert en réanimation de ces patients avec des formes initialement peu graves comme ici. »
Un score clinique particulièrement efficace
Les chercheurs ont étudié 196 patients admis dans 15 hôpitaux français pour une pneumonie Covid-19 modérée à sévère. Ils ont mesuré la présence dans le sang périphérique de 41 médiateurs immunitaires et marqueurs de lésions rénales endothéliales et vasculaires, pour des prélèvements dans les 48 premières heures d’hospitalisation. Parmi eux, 15 étaient indépendamment associés à la mortalité à 90 jours (notamment des marqueurs de lésions endothéliales, l’IL-8 et le compte de neutrophiles). Néanmoins, seuls KIM-1, LCN2 et l’IL-10 sont ressortis comme ayant de bonnes performances pronostiques.
Le score de gravité, nommé Corimuno- Score, combine ainsi les taux sérologiques de ces trois marqueurs et l’âge du patient. Il a montré un haut niveau de performance dans cette cohorte (aire sous la courbe AUC = 0,82) et dans une seconde cohorte de validation, comprenant 105 personnes (AUC = 0,83).
« Les marqueurs prédictifs identifiés dans cette étude n’avaient encore jamais été impliqués dans la Covid-19 et dévoilent un tout nouvel aspect de la maladie, immunitaire mais surtout rénal. Il est remarquable que la présence de l’interleukine 10, une molécule classiquement anti-inflammatoire, soit plus associée au risque fatal que nombre de molécules inflammatoires. De même, la présence de KIM-1 et LCN2 témoigne d’une atteinte rénale aiguë passée jusqu’alors inaperçue, souvent présente malgré une fonction rénale normale. L’atteinte rénale aiguë est elle aussi est un indicateur majeur de risque de décès. […] À ce stade, il est cependant impossible de dire si ces lésions sont la cause ou la conséquence de la détérioration de la santé des patients », commente Pierre-Louis Tharaux.
Le Corimuno-Score est un nouvel outil qui permettra de concentrer les efforts des équipes soignantes sur les patients les plus à risques mais aussi de mieux caractériser et stratifier les inclusions en essai clinique. Les travaux invitent par ailleurs à réévaluer la physiopathologie de l’infection au Sars-CoV-2 et mettent en avant le rôle du rein comme organe sentinelle dans la pneumonie Covid-19. Les marqueurs pourraient aussi prédire l’évolution d’autres pneumopathies virales comme la grippe.
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