En neurosciences, l’intelligence artificielle (IA) a un fort potentiel pour améliorer la recherche sur la maladie d’Alzheimer : nouveaux traitements, biomarqueurs diagnostics, amélioration des essais cliniques, etc. Mais en l’absence de collaboration internationale avec un partage transparent des données, les solutions d’IA ne sont pas assez performantes pour être réellement utiles en clinique.
Sans nouvelles solutions pour les patients, il est prévu que la prévalence de la maladie d’Alzheimer et des démences associées triple d’ici à 2050. « Notre rythme de recherche actuel ne répond pas à l’ampleur du problème. La prévalence des démences augmente rapidement, et le coût humain avec. C’est une course contre la montre », alerte le Pr Gregory Moore, neuroradiologue, conseiller pour Gates Venture, lors du congrès World Brain Health Forum à Paris le 15 janvier. À la complexité de la maladie s’ajoute le problème de la fragmentation des données. « Nous avons des cohortes incroyables, des archives d’imagerie, des données omiques… Mais tout est morcelé, sous différents formats, différentes étiquettes, différentes règles. » C’est là que l’IA démontre son importance et les nouvelles possibilités qu’elle offre.
Des IA à tout faire
Une édition spéciale (1) du Journal of Prevention of Alzheimer’s Disease (JPAD) met en avant plusieurs perspectives d’utilisation de l’IA dans la maladie d’Alzheimer. On y retrouve l’usage de modèles sémantiques pour l’harmonisation des variables cliniques au sein des cohortes ou bien le développement d’IA multimodales et de jumeaux numériques pour favoriser la médecine de précision au sein des essais cliniques. D’autres usages portent sur l’amélioration du diagnostic précoce à travers de nouveaux biomarqueurs digitaux, notamment la voix ou les scanners oculaires.
Dans une correspondance, publiée dans Nature Medicine en 2025 (2), des experts suggéraient de recourir à l’IA comme assistant scientifique. Face à l’accélération de la recherche, « les experts d’aujourd’hui ne peuvent connaître qu'une partie relativement restreinte des informations dans leur domaine ». Les outils d’IA pourraient assister les chercheurs dans la génération d’hypothèses, la conception d’expérimentations, l’interprétation des données et leur intégration à une échelle interdisciplinaire.
Au sein d’un éditorial (3) accompagnant l’édition spéciale du JPAD, plusieurs experts défendent la convergence de l’IA et des neurosciences. « L’IA n’est pas une solution autonome mais plutôt un puissant amplificateur et accélérateur de l'expertise humaine. Sa plus grande valeur réside dans la fusion de sa puissance de calcul avec la perspicacité, la créativité et la compassion de la communauté scientifique et médicale. » À une condition : réussir à partager les données scientifiques à l’échelle mondiale. « L’intelligence artificielle peut considérablement accélérer les découvertes mais seulement si nous partageons les données scientifiques à grande échelle, dans le cadre d’une collaboration mondiale réelle et en confiance », précise le Pr Moore.
Une plateforme pour harmoniser les données
Pour appréhender l’ensemble des défis de recherche, les chercheurs proposent de prioriser la construction d’un écosystème dédié : une plateforme pilotée par IA qui harmoniserait les jeux de données multimodaux et faciliterait un partage de données respectant la confidentialité. « Exploiter pleinement le potentiel de l'IA dans la recherche sur la maladie d'Alzheimer nécessite de mener une action concertée entre les différentes disciplines et les différents secteurs », défendent les experts internationaux.
« C’est une course que nous pouvons encore gagner », conclut le Pr Moore. Les auteurs de l’éditorial (3) déclarent : « L'impératif : étendre ces approches, les maintenir dans tous les contextes mondiaux et veiller à ce qu'elles répondent aux besoins urgents des patients et des familles. Grâce à un objectif commun et à une action délibérée, le secteur peut saisir cette occasion pour passer d'une progression graduelle à un changement transformateur, et finalement à un avenir où la maladie d'Alzheimer sera évitable et guérissable ».
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