Le paracétamol, déjà largement prescrit comme antalgique en néonatalogie, pourrait-il remplacer avantageusement l’ibuprofène et l’indométacine historiquement utilisés pour la fermeture du canal artériel chez les enfants prématurés ? C’est la question à laquelle a voulu répondre l’essai Treocapa mené dans 43 centres européens de 14 pays avec une coordination française par l’Inserm, alors que les deux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) exposent à des effets indésirables (digestifs, rénaux) pour un intérêt de plus en plus controversé.
Mené chez 778 grands prématurés (nés entre 23 et 28 semaines d’aménorrhée [SA]), cet essai randomisé en double aveugle contrôlé contre placebo montre que le paracétamol administré pendant 5 jours n’améliore pas la survie sans complications néonatales sévères (bronchodysplasie, entérocolite ulcéronécrosante [ECUN], hémorragie intraventriculaire, leucomalacie périventriculaire kystique) au terme de 36 SA : 66,2 % (n = 259) du groupe paracétamol présentaient un état globalement stable versus 63,6 % (n = 246) du groupe placebo (n = 246). En critère secondaire, la fermeture du canal artériel mesuré à 7 jours était significativement augmentée dans le groupe d’intervention, quel que soit l’âge gestationnel.
Une tendance générale à être plus tolérant
Chaque année en Europe, des dizaines de milliers d’enfants naissent extrêmement prématurés (entre 23 et 28 SA) pesant de 400 à 1 200 g. La persistance du canal artériel, ce vaisseau qui relie l’aorte à l’artère pulmonaire chez le fœtus et qui se ferme à la naissance, est fréquente chez les plus immatures, entraînant souvent des complications cardiaques, respiratoires, digestives et neurologiques. Les résultats sont publiés dans le Jama Pediatrics.
« Cette étude montre qu’il n’y a pas de bénéfice à fermer précocement le canal artériel chez les grands prématurés mettant fin à un débat sur la prise en charge du canal artériel : traiter ou ne pas traiter », lit-on dans un communiqué de FCrin, qui avait labellisé en France le réseau Pedstart coordinateur de l’essai. Déjà, trois grandes études publiées dans The New England Journal of Medicine, dont Baby-Oscar et Beneductus, avaient conclu par le passé à une absence d’intérêt de l’ibuprofène de façon généralisée, suggérant d’aller vers des stratégies ciblées. Pire un essai publié en 2025 dans le Jama Pediatrics avait même montré une mortalité en hausse dans le groupe d’intervention. Dans Treocapa, le paracétamol se révèle bien toléré, hormis un signal sur la cholestase, plus élevée dans le groupe d’intervention (6,4 % versus 2,6 % dans le groupe placebo), ce qui justifie une surveillance attentive.
Extrêmes prémas et filles, des sous-groupes à explorer
« Après avoir été très agressive, l’attitude générale est d’être plus tolérant », explique au Quotidien le Pr Jean-Christophe Rozé, pédiatre en néonatalogie au CHU de Nantes et coordinateur principal de Treocapa, ajoutant qu’« il existe néanmoins une très grande variabilité dans les pratiques ». Pour autant, « la messe n’est pas dite », poursuit-il, car chez les extrêmes prématurés (23-26 SA), « l’intervention diminue le risque d’ECUN presque significativement » et le paracétamol ferme le canal artériel 20 % plus souvent que le placebo (60 % versus 40 %), « ce qui suggère une plus grande efficacité chez les plus petits et appelle d’autres recherches », lit-on dans un communiqué de l’étude. De plus, il semble que les filles présentent un meilleur pronostic avec le paracétamol que les garçons (survie sans complications sévères augmentée de + 8 % versus + 5 %) mais sans atteindre le seuil de significativité statistique. Là encore, des travaux sont nécessaires pour explorer les différences biologiques selon le sexe. À l’initiative du Pr Gilles Cambonie du CHU de Montpellier et co-auteur, un questionnaire sera envoyé aux 43 centres pour savoir si les résultats de Treocapa ont changé leurs pratiques.
« Même sans différence globale claire, les résultats comptent toujours, alors que des petits bénéfices dans certains groupes peuvent aider à mieux soigner », lit-on dans un communiqué du programme européen conect4children (C4C), qui a soutenu l’étude. « Ce consortium de recherche mi-académique et mi-industriel a lancé un appel d’offres et parmi les 50 projets retenus, un seul est allé jusqu’au bout, le nôtre », se félicite le Pr Rozé. Ce n’est pas étranger au fait que le projet a été co-construit avec des représentants de parents, via la Global Foundation of the Care of Newborn Infants (GFCNI), qui ont été associés dès la conception du protocole. « C’est l’un des points forts de cette étude », met en avant le pédiatre nantais car cette collaboration a contribué à renforcer l’acceptabilité et la qualité méthodologique du projet. « Fait notable, 60 % des familles sollicitées ont accepté de participer à l’essai, un taux exceptionnel dans un contexte aussi sensible », souligne aussi de son côté FCrin.
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