Il ajoute : « Je participerai au déjeuner de famille, mais en décalé. Il se peut que j’entame l’entrée pendant qu’ils attaquent le dessert. Pour les cadeaux, j’aurais laissé les miens au pied du sapin, car je dois rester prêt à prendre la route à tout moment », sourit le médecin. Le praticien n’hésite pas à plaisanter : « Souvent, je dis qu’une fois c’est mon tour et qu’une fois ce n’est pas le tour des autres. » Mais il précise rapidement : « Je le fais aussi par choix, en accord avec mon équipe. Et je sais très bien que si je ne le faisais pas, quelqu’un d’autre se proposerait car il y a un vrai esprit d’équipe. La preuve : pour le 24 ou le 31, on trouve toujours un volontaire ! »

C’est vrai que quand je suis arrivée à l’hôpital j’ai eu le spleen de ne pas être avec mes proches…

Dr Solène Frileux, psychiatre et PU-PH au centre hospitalier de Versailles

Si certains parviennent à jongler facilement entre fêtes et travail grâce au soutien de leur famille, d’autres doivent composer avec des proches qui ne saisissent pas toujours les contraintes de leur métier. C’est notamment le cas de la Dr Solène Frileux, psychiatre et PHU au centre hospitalier de Versailles. « J’étais de garde ce dimanche, de 9 heures à 18 heures 30, raconte-t-elle. J’avais un dîner de Noël avec ma famille et je suis arrivée un peu en retard car j’ai dû assurer une garde bien chargée ». Dans son hôpital, les gardes de psychiatrie exigent de gérer trois unités différentes, tout en répondant aux urgences. « Le dimanche c’est très intense entre les certificats pour les hospitalisations sans consentement, ceux des patients en isolement… En parallèle, mes proches me demandaient régulièrement quand j’allais arriver, ce qui a ajouté du stress à la situation », explique-t-elle.

Quand elle parvient enfin à partir, elle arrive un peu tendue au repas de famille. « Après le dîner, j’ai reçu un message de ma sœur me reprochant de ne pas avoir été très agréable. Mais les gens ont du mal à se représenter une garde en psychiatrie : c’est très prenant psychiquement, on gère des situations d’agitation et on s’immerge totalement dans chaque entretien », confie la praticienne. Encore fatiguée de la veille, elle assure une nouvelle garde de nuit le lundi soir, alors que toute sa famille est à Paris pour les fêtes. « C’est vrai que quand je suis arrivée à l’hôpital j’ai eu le spleen de ne pas être avec eux… ».

Célébrer les fêtes de fin d’année stéthoscope au cou

Heureusement, l’hôpital et l’esprit d’équipe apportent aussi du réconfort. « La bonne ambiance et le fait de retrouver toute l’équipe avec les infirmiers et les aides-soignantes qu’on connaît bien, ça compense bien. On oublie un instant l’absence des proches et on retrouve des moments positifs, notamment dans le fait de pouvoir aider les patients qui ont besoin de nous ces soirs-là », sourit la psychiatre. Dans certains cas, il arrive même aux soignants de partager de vrais moments de convivialité durant ces fêtes de fin d’année. « Il y a deux ans, on avait fait une raclette pour le jour de l’an, c’était vraiment très sympa », se souvient la praticienne.

Ce soir, pour le réveillon, le Dr François-Xavier Moronval sera lui aussi loin de ses proches. « Je devais être en famille… et me voilà finalement de garde, appelé au dernier moment pour remplacer un collègue malade », partage l’urgentiste sur son compte Linkedin. Mais pas question de ne pas profiter de la magie de Noël pour autant. « En ce 24 décembre, je suis de garde aux urgences au déchocage, la zone des urgences vitales ! Même en garde, l’esprit de Noël est bien là », assure-t-il, bonnet rouge vissé sur la tête. « Si vous êtes en famille et/ou de repos, profitez de ces moments précieux ! », ajoute-t-il. Loin des rires et des retrouvailles, de nombreux médecins passeront, cette année encore, les fêtes de fin d’année sans leurs proches, pour être là où leur présence peut faire toute la différence.