LE QUOTIDIEN : Comment les médecins peuvent-ils s'inscrire dans les mouvements d'empowerment, individuels ou collectifs ? Y ont-ils une place ?
MARIE-GEORGES FAYN : Les médecins sont les premiers partenaires du processus d’empowerment. En adoptant des pratiques de soins centrées sur le patient — fondées sur l’écoute, le respect de l’autonomie, la transparence et la décision partagée —, ils transforment la relation thérapeutique en véritable collaboration. Dans ce modèle, le médecin prend en compte les attentes, les préférences et les ressources de son patient pour coconstruire un projet de soins adapté à sa vie et à ses choix.
“L’émergence des technologies d’automesure et d’autosurveillance renforce encore cette dynamique
Les entretiens motivationnels, la décision partagée, les programmes d’éducation thérapeutique intégrant patients et aidants illustrent bien cette évolution. Et l’émergence des technologies d’automesure et d’autosurveillance renforce encore cette dynamique : le patient contribue au suivi de ses données biologiques ou comportementales, et le praticien, en les analysant avec lui, crée une expertise conjointe patient-clinicien.
L'empowerment peut-il permettre de dépasser les situations de conflit qui naissent parfois d’incompréhension entre patients et médecins ?
Oui, et c’est même souvent là que tout commence. Les tensions ou la colère sont parfois la première étape du processus d’empowerment : elles traduisent un besoin d’écoute et une volonté de reprendre la main sur sa santé. Pour les médecins, il est crucial de percevoir ces réactions non comme une remise en cause de leur autorité, mais comme un signal de transformation dans les rapports au soin. La défiance naît souvent d’un sentiment d’impuissance, d’injustice ou d’un manque de dialogue. En développant leurs savoirs et leur capacité à argumenter, les patients peuvent exprimer leurs attentes de manière constructive. De leur côté, les médecins peuvent transformer cette parole en levier d’amélioration de la qualité des soins.
“C’est une révolution douce, qui remplace la confrontation par la coopération et redonne à la relation de soin son sens premier
L’empowerment ne s’oppose pas à la médecine, il la complète : il repose sur un dialogue ouvert fondé sur le respect mutuel, la reconnaissance de la légitimité du vécu du patient et de la compétence du médecin, la compréhension des contraintes de chacun. C’est une révolution douce, qui remplace la confrontation par la coopération et redonne à la relation de soin son sens premier : agir ensemble pour la santé et la qualité de vie de chacun.
Si vous deviez citer un exemple d'empowerment qui a bousculé le lien médecin-patient, quel serait-il ?
Les exemples sont nombreux, mais certains ont marqué un tournant historique. Des mouvements comme Aides ou la Ligue contre le cancer ont contribué à l’adoption de la loi Kouchner, qui reconnaît les droits des patients et redéfinit leur place dans le système de santé. L’AFM-Téléthon illustre une autre rupture majeure : celle d’une association de patients devenue co-actrice de la recherche médicale, investie dans la création de laboratoires, la production de thérapies géniques et la gouvernance scientifique. Cette révolution a ouvert la voie à des succès mondiaux. Le collectif TRT-5 CHV, enfin, porte la revendication « jamais rien pour nous sans nous » : une exigence de participation pleine et entière des personnes concernées à la définition, l’évaluation et la priorisation des recherches.
“Cette double dynamique, collective et intime, signe la fin du paternalisme médical
Au-delà de ces grandes réussites, l’empowerment s’exprime aussi dans la relation de soin la plus ordinaire. Quand un patient prépare sa consultation et qu’il arrive avec un tableau de suivi listant ses symptômes, les effets secondaires, ses ressentis, il participe au raisonnement médical. À cet instant, la consultation perd son asymétrie pour devenir un espace de co-construction, où s’échangent savoir expérientiel et savoir professionnel. Cette double dynamique, collective et intime, signe la fin du paternalisme médical et l'avènement d'une médecine réellement partenariale, où le patient est reconnu en tant qu’acteur central, éclairé, désireux de s’engager pleinement pour sa santé.
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