La France fait figure de mauvaise élève. Le niveau de prescription de benzodiazépines reste particulièrement élevé chez les seniors, selon une étude de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes). Si la tendance est à la baisse comme ailleurs dans l’OCDE, plus d’un adulte de plus de 65 ans sur cinq (23 %) s’en est vu prescrire et plus d’un sur 10 (13 %) a reçu une prescription potentiellement inappropriée en 2022, soit des niveaux parmi les plus élevés en Europe. En 2012, les chiffres étaient respectivement de 28 % et 17 %.
Chez les personnes atteintes de pathologies psychiques ou neurovégétatives, les taux, parmi les plus élevés, sont restés stables sur la période. Les prescriptions potentiellement inappropriées concernent 53 % de personnes atteintes de névroses ou de troubles de l’humeur, 45 % des personnes atteintes de psychoses, 33 % des personnes atteintes de troubles addictifs et 31 % des personnes atteintes de déficiences mentales. Pour les maladies neurodégénératives, il est de l’ordre de 30 % chez les personnes avec une maladie d’Alzheimer ou syndrome apparenté mais également pour les épileptiques. L’Irdes a d’ailleurs récemment pointé une augmentation inquiétante des prescriptions en Ehpad.
Pourtant, compte tenu des effets indésirables des benzodiazépines et de leur faible bénéfice à long terme, les nombreuses recommandations nationales et internationales en déconseillent la prescription prolongée, en particulier chez les plus de 65 ans. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a déployé à l’automne une campagne de sensibilisation. « Les traitements de l’anxiété et de l’insomnie sont des traitements de courte durée, pourtant 40 % des ordonnances sont non conformes car dispensant sur des durées trop longues », avait alerté la Pr Catherine Paugam-Burtz, directrice générale de l’agence.
Davantage de prescriptions par les médecins hommes plus âgés
L’Irdes pointe également que les niveaux de prescriptions potentiellement inappropriées sont davantage observés chez les médecins hommes plus âgés. De plus, les femmes médecins ont davantage réduit leurs prescriptions entre 2015 et 2022. « Les femmes médecins semblent accorder une attention particulière au respect des recommandations de bonnes pratiques », lit-on.
Il existe des disparités régionales avec des taux plus élevés de prescriptions inappropriées, en particulier en Bretagne, dans le Nord, en Champagne-Ardenne, dans le Limousin et en Gironde. Les bassins de vie comptant le plus de seniors appartenant à la catégorie sociale des employés et des ouvriers ont le plus de prescriptions inappropriées et l’offre de soins joue un rôle, « une meilleure accessibilité aux médecins généralistes » étant associée à une augmentation des prescriptions.
Pour l’Irdes, ces résultats suggèrent de « renforcer la formation des médecins généralistes, tant initiale et continue » mais aussi de « sensibiliser l’ensemble de la population aux risques liés à l’usage prolongé des benzodiazépines ». L’étude de la relation entre densité médicale et prescription « mériterait d’être approfondie », reconnaît l’Irdes, avançant que les consultations en zones mieux dotées seraient plus longues et permettraient d’aborder des sujets de bien-être et/ou que les médecins en zones sous-dotées pourraient plus facilement imposer les bonnes pratiques « sans risque de voir partir leurs patientèles ».
Dans ses recommandations sur l’anxiété et les troubles du sommeil, la Haute Autorité de santé demande de privilégier en première intention les approches non médicamenteuses et « en cas de prescription de planifier d’emblée la stratégie de déprescription afin que le traitement ne dépasse pas trois mois ». L’ANSM travaille avec le Collège de médecine générale pour renforcer la formation et l’information des prescripteurs et planche sur la déprescription des benzodiazépines chez les personnes âgées.
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