Si les résultats du dernier Baromètre de Santé publique France (SPF), publiés ce 11 décembre 2025, apportent quelques bonnes nouvelles, comme le recul du tabagisme, ils rappellent surtout le « poids des déterminants sociaux » sur la santé et la persistance d’« inégalités profondes et tenaces », a résumé Yann Le Strat, directeur scientifique de SPF, lors d’une conférence de presse.
Depuis plus de 30 ans (la première édition date de 1992), le Baromètre documente les comportements, connaissances et opinions de la population en lien avec la santé. Cette « photographie », réalisée tous les deux ans, est un « outil indispensable » pour « guider nos politiques », a souligné la Dr Caroline Semaille, directrice générale de SPF.
Pour cette édition, les données ont été collectées en 2024 auprès de plus de 35 000 adultes de 18 à 79 ans sur l’ensemble du territoire, y compris Outre-mer (hors Mayotte), interrogés sur une vingtaine de thématiques. Deux nouveautés cette année : de nouvelles questions ont été intégrées, notamment sur l’insécurité alimentaire ou la santé environnementale et des estimations régionales sont présentées dans 17 synthèses. « La photographie n’a jamais été aussi précise », indique Yann Le Strat.
Des maladies chroniques plus répandues chez les plus défavorisés
Sur la plupart des thématiques abordées, le statut socio-économique et/ou le niveau de diplôme apparaissent comme des facteurs importants. Ainsi, si 68 % des Français interrogés se déclarent en bonne santé, ce n’est le cas que de 58 % des moins diplômés et de 50 % de ceux signalant des difficultés financières.
Plus marquant, la prévalence du diabète (7,1 % de l’ensemble, dont 8,6 % n’ont recours à aucun traitement) est « près de trois fois plus élevée chez les moins diplômés », comparés aux plus diplômés (11,5 %, contre 3,3 %), relève Yann Le Strat. Concernant l’hypertension artérielle, qui touche 22 % des adultes, dont un quart n’est pas traité, la prévalence est doublée entre les plus et les moins diplômés. Les plaintes d’insomnies sont aussi plus fréquentes chez les personnes déclarant des difficultés financières (48 %, contre 33 % en moyenne).
Concernant les comportements de santé, le tableau dressé est aussi un reflet des modes de vie associés aux statuts sociaux. Le tabagisme concerne davantage les catégories sociales défavorisées, tandis qu’à l’inverse la sédentarité ou la consommation d'alcool au-delà des repères (« deux verres par jour et pas tous les jours ») sont plus le fait des catégories sociales les plus favorisées. Le dépassement des repères de consommation d’alcool touche « l’ensemble des groupes sociaux », insiste Raphaël Andler, chargé de projets au sein de l’unité Addictions de SPF. Le gradient est à la fois social (26 % des plus diplômés, contre 19,3 % des moins diplômés et 29,5 % des personnes à l’aise financièrement, contre 19,7 % chez celles en difficulté financière) et genré (30 % d’hommes contre 15 % de femmes).
Une santé mentale plus dégradée chez les femmes et les plus précaires
Grande cause nationale en 2025, prolongée en 2026, la santé mentale apparaît elle aussi plus dégradée chez les plus défavorisés ainsi que chez les femmes. Comme le font apparaître d’autres travaux récents, les indicateurs sont « préoccupants », souligne Yann Le Strat. Et de relever que ce « mal-être » croissant s’inscrit « dans un contexte post-pandémique » et de hausse de la précarité.
Sur l’année 2024, 16 % des personnes interrogées ont vécu un épisode dépressif caractérisé (18,2 % chez les femmes, 12,8 % chez les hommes), et la moitié n’a pas consulté. À noter que les hommes sont plus nombreux à ne pas être pris en charge (53,9 %, contre 37,9 % chez les femmes). Pour les troubles anxieux généralisés, 6,3 % des adultes sont affectés, mais les femmes (7,6 %), les moins de 30 ans (8,1 %), les personnes en difficulté financière (12,9 %), celles vivant dans une famille monoparentale ou seule (9,4 % et 8,0 %) sont les plus concernées.
Les impacts des événements climatiques, mesurés pour la première fois par le Baromètre, n’échappent pas à une lecture sous l’angle socio-économique. La plupart des adultes (79 %) ont été confrontés à au moins un évènement climatique extrême (inondation, tempête, canicule, feu de forêt, sécheresse) au cours des deux dernières années. Dans l’ensemble de la population, la question environnementale « émerge comme une préoccupation, observe Yann Le Strat. Ce n’est plus une menace lointaine ». Mais, si 37 % des adultes en ont souffert physiquement (32 % d’hommes, 42 % de femmes), la proportion monte à 45 % pour les personnes en difficulté financière. L’impact psychologique a lui concerné 22,5 % de la population (19 % des hommes et 25,5 % des femmes), mais 30 % des plus précaires.
Des Français favorables à la vaccination, un peu moins à celle contre le Covid
Au-delà des conséquences sanitaires directes, les facteurs socio-économiques influencent aussi les opinions ou connaissances sur la santé et les pratiques de prévention. Les Français restent globalement favorables (80 %) à la vaccination, mais c’est moins le cas des peu diplômés (74 %) ou de ceux en difficulté financière (70 %). Notons que 37 % des adultes se déclarent défavorables à certaines vaccinations, celle contre le Covid suscitant le plus de réticence (25 %). Autre écart relevé selon le statut social, la part d’adultes n’ayant pas entendu parler de la résistance aux antibiotiques passe de 41 % dans la population à 57 % chez les moins diplômés.
Face aux inégalités de santé, Yann Le Strat encourage le déploiement d’une « prévention ciblée » et d’un « universalisme proportionné », en apportant « plus à ceux qui en ont le plus besoin ». Agir sur le logement, promouvoir les mobilités actives, réduire la sédentarité en entreprise sont par ailleurs autant de pistes d’action pour relever les défis actuels.
Une première mesure de l’insécurité alimentaire
Pour la première fois, des questions sur l’insécurité alimentaire ont été intégrées au Baromètre publié tous les deux ans par Santé publique France. Sur la moitié des adultes (52 %) qui déclarent une situation financière « juste, difficile ou être endettés », 15 % disent avoir ressenti la faim dans l’année sans pouvoir manger pour des raisons financières. Ce taux monte à 26 % chez les moins de 30 ans.
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